Correspondances

Le texte :

La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent

Dans une ténébreuse et profonde unité,

Vaste comme la nuit et comme la clarté,

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,

Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,

- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

 

Ayant l'expansion des choses infinies,

Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

 

A lire comme ceci :


La/ na/tu/re est/ un/ tem/ple où/ de/ vi/vants/ pi/liers
Lais/sent/ par/fois/ sor/tir/ de/ con/fu/ses /pa/roles;
L'hom/me y/ pas/se à /tra/vers/ des/ fo/rêts/ de/ sym/boles
Qui/ l'ob/ser/vent/ a/vec/ des/ re/gards/ fa/mi/liers.

Comme/ de/ long/s é/chos/ qui/ de/ loin/ se/ con/fon/dent
Dan/s u/ne /té/né/breu/se et/ pro/fon/de u/ni/té,
Vas/te /com/me/ la/ nuit/ et/ com/me/ la/ clar/té,
Les/ par/fums/, les/ cou/leurs et /les/ sons/ se /ré/pon/dent.

Il /est /des/ par/fums/ frais/ com/me/ des/ chairs/ d'en/fants,
Doux/ com/me/ les/ hau/tbois/, verts/ com/me/ les/ prai/ries,
- Et /d'au/tres,/ cor/rom/pus/, ri/che/s et /tri/om/phants,

Ay/ant/ l'ex/pan/si/on/ des/ cho/se/s in/fi/nies,
Com/me/ l'am/bre/, le /musc/, le/ ben/join/ et /l'en/cens,
Qui /chan/tent/ les/ trans/ports/ de /l'es/prit/ et/ des /sens.

 

I - Introduction :

Correspondances est le quatrième poème des Fleurs du mal écrit en 1857 par Baudelaire.

Il appartient donc à la première partie du receuil, nommée "Spleen et idéal".

Il possède 14 vers, des alexandrins, organisés en 2 quatrains et 2 tercets. De plus, les rimes des 2 quatrains sont embrassées. Il s'agit donc d'un sonnet.

Baudelaire y fait état de 2 mondes parrallèles : celui de l'azur, du ciel, du celeste = "idéal", celui des humains, du terrestre = "sensations".

Baudelaire y analyse les moyens d'établir une communication entre ces deux mondes, rôle du poète.

Deux quatrains : théorie des correspondances.

Deux tercet : l'illustrent.

=> En même temps qu'il expose sa théorie (des synesthésie) Baudelaire l'illustre, la met en pratique.

Synesthésie : Association spontanée par Correspondances de sensations appartenant à des domaines différents.

Etude linéaire. Nous étudierons ce poème en trois parties qui correspondent au découpage du sonnet.

 

II - 1) Premier quatrain :

 

" La nature est un temple" = métaphore (car pas d'outil de comparaison).

Le Temple est le lieu de la présence sur Terre de la divinité. En comparant la nature à un temple, Baudelaire nous dit qu'il y a une présence mystique dans la nature. Lieu privilégié de la communication avec le divin.

Rapprochement des 2 termes "nature" et "vivants piliers"  sous entend --> associe les piliers du temple aux arbres. En effet : piliers --> soutiennent temple : divinité, et arbres --> soutiennent le ciel : divinité, dieux.

Vers 2 : "Confuses paroles" = introduction des éléments sonores. "Confuses" = symboles à déchiffrer et "paroles" = messages.

=> Nature = lieu signifiant/qui nous transmet des indices.

Vers 3 : "passe" --> L'homme ne fait que passer, il ne sait pas déchiffrer les symboles. Limité dans le temps, passagé.

Il n'agit pas sur la nature, c'est un récepteur.

" foret de symboles" = Nature. Signes matériels et concrets, fournit par la nature et porteurs d'une signification.

Vers 4 : "observant" = La nature émet et l'homme reçoit. Elle le domine. "Regards familiers" = sorte de complicité. Confiance. Relation de bienveillance s'établit.

 

Conclusion du Premier quatrain :

- La nature est personnifiée : "vivants piliers" (v1), "observe" (v4), "paroles" (v2), "regards" (v4).

Imposante et inébranlable elle domine l'homme : "temple" (v1), "piliers" (v1), "observent" (v4).

- Position symétrique homme/nature. Tous deux en début de vers --> importants.

 

2) Deuxième quatrains :

"Comme" = comparaison.

Quatrains construit sur deux comparaisons + ponctuation légère.

Vers 7 : "nuit"/"clarté" --> couple antonymique (juxtaposition de deux mots dont les sens sont inconciliables).

Vers 8 : "parfums" + "couleurs" + "sons" = appel aux sens (odorat, ouïe, vue). Liens entre les sens.

Vers 5 : Allitération qui résonne comme un échos : K D L K D L K D. Et Assonnance qui résonne aussi comme un échos : O ON O ON ON.

=> Harmonie des sons, imitations de l'échos.

Conclusion du deuxième quatrain :

- "Ténébreux", "nuit", "clarté", "échos", "sons" --> intéraction des sensations auditives et visuelles. => Correspondances Horizontales.

- Nature/ temple, Clarté/Nuit = association symbolique et unité.

=> Cohérence dans la diversité. Mais tous correspond donc unité.

- "échos", "sons", "répondent" --> progression vers un nouveau langage compréhensible = déchiffrage des symboles de moins en moins difficile.

Dans les 2 quatrains --> nombreux symboles car pluriels.

 

3) Le premier tercet :

 

"comme" = comparaison qui illustrent les correspondances.

=> polysémie de "comme" permet de passer de sens en sens + ponctuation légère.

Vers 9 : "parfums" et "chairs d'enfants" + vers 10 : "doux", "hautbois", "vert" = harmonie des sens (odorat, toucher, ouïe, vue), harmonie musicale avec "hautbois", les sens se correspondent dans la nature.

=> Correspondances Horizontales.

Vers 11 : parfums "corrompus" --> cf : Fleurs du mal.

 

4) Le deuxième tercet :

 

Vers 12 : "expansi/ion" = dierèse. Insiste sur ce terme, impression d'étirement infini vers le haut, puissance, longueur.

Rythme 3/3//3/3 => impose une régularité à la voix qui prolonge l'infini. Harmonie musicale.

Vers 13 : accumulation de noms de parfums --> "ambre", "music", "benjoin", "encens". => éxotisme, odeurs qui envahissent l'esprit, impression de diversité.

=> Baudelaire fait entendre la puissance de l'expansion des parfums.

"transports" --> Intensité des sentiments.

 

Conclusion des deux tercets :

Le 1er illustre les correspondances horizontales avec une harmonie des sens. Tous se correspond, se "répond", se fait "échos".

Le 2ème illustre les correspondances verticales avec cette constante idée d'expansion, impression d'élévation vers les cieux, puissance.

 

III - Conclusion générale :

 

Baudelaire expose une théorie (synesthésie, correspondances verticales + horizontales) tout en la mettant en pratique, en l'illustrant.

Proclame que le poète est un médiateur entre l'homme et la nature. Il est le seul capable de déchiffrer et de comprendre ces "forêts de symboles" alors qu'un homme ne fait que passer et ne sait pas observer.



 

 

 




     

 





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